Chaque année, c’était la même chose. Je me retrouvais à la veille du Gâteau des Latuquois et je me questionnais sur mon implication, en me demandant si tous ces efforts en valaient la peine…
J’ai réglé le cas l’an dernier. Il faut dire que la cinquantaine, ça cogne ! Ça nous aide à faire du classement. Bien sûr, je savais déjà que de nombreuses personnes bénéficient des bienfaits du Centre de bénévolat, qui administre et distribue les fonds amassés à chaque année. Je savais que cet organisme mérite la confiance qu’on lui accorde. Je savais aussi que 125 bénévoles travaillent très fort au cours de cette journée pour soulager la misère.
Mais le tourbillon de la vie, avec ses nombreuses occupations qui font faire de la chaise longue à la conscience, m’avait empêché de connaître les réelles raisons de mon implication dans le Gâteau des Latuquois. Je le faisais machinalement, comme une tâche, sincèrement mais sans vraiment trop savoir pourquoi.
C’était avant que la misère ait un visage. Elle m’est apparue sous les traits d’un jeune garçon. Un enfant au visage sérieux, déjà marqué par ces quelques années de vie au cours desquelles il a plus souvent pleuré que rigolé. Un enfant qui ouvre une boîte de céréales comme un cadeau inespéré et qui rêve d’un Joyeux festin au McDo, comme si c’était un voyage à Disneyworld.
Il portait des bottes neuves, un beau manteau, des gants et une tuque qui lui donnaient l’allure “YO” à la mode, comme ses amis. Il ignorait que ces vêtements provenaient du Vestiaire du Centre de bénévolat. Sa mère allait les chercher à son insu et revenait à la maison en les transportant dans des sacs identifiés aux commerces de la ville. Il croyait que tout était neuf… la magie opérait.
Sa mère a repris le chemin de l’école pour améliorer son sort car elle ne vit que des maigres prestations sociales. Elle fait tout ce qui est humainement possible pour que son fils ne subisse pas le même sort qu’elle. Elle lui évite l’humiliation de la pauvreté en lui cachant les services qu’elle obtient du Centre de bénévolat, grâce à la généreuse complicité des bénévoles qui comprennent la situation avec discrétion.
Le petit a maintenant un lit sur lequel il a posé son matelas qui reposait sur le sol, dans une chambre qui était sans meubles et où des messieurs du Service du meuble du Centre de bénévolat lui ont apporté un bureau et une chaise pour qu’il puisse faire ses devoirs. Bientôt, on lui apportera une commode, lorsqu’il s’absentera, afin qu’il croit que les meubles proviennent du magasin…
Demain, il mangera à sa faim, car sa maman a obtenu des bons du service de Dépannage du Centre de bénévolat, qui lui permettront de faire des achats au marché d’alimentation. Elle se privera du filet de saumon dont elle raffole, préférant acheter le paquet économique de viande hachée avec lequel elle fera ses miracles culinaires habituels.
La misère a maintenant un visage. Je ne me questionne plus sur mon implication. Je participe au Gâteau des Latuquois avec un but précis. Même si l’histoire que vous venez de lire est entièrement fictive, dites-vous bien que l’important, c’est d’y croire, car ça se passe peut-être plus près de vous que vous ne l’imaginez. En tout cas, moi j’y crois…
Bonjour André,
Réflexion bien pertinente en cette occasion du gâteau Latuquois qui revient encore en 2007.
Cela reflète bien la réalité de bien des gens qui demeurent inconnus souvent tout autour de notre entourage. Bravo à vous vaillants bénévoles sur le terrain. Souhaitons une relève qui maintiendra cette précieuse activité comme bien d’autres en notre ville.
André, sais-tu comment tu peux nous manquer dans notre quotidien Le Nouvelliste ?
Bravo pour tes écrits vivants et réalistes !
Thérèse et Roch Lortie