Il n’y a plus une seule journée qui passe sans que la mondialisation ne soit citée par nos médias, pour justifier les fermetures, les rationalisations et autres calamités à répercussions économiques.
Alors que les politiciens s’approprient de plus en plus la “régionalisation” comme thème auprès des électeurs de leur comté respectif, les éléments les plus essentiels de notre vie de tous les jours, nous parviennent de lieux centralisés comme c’est pas possible.
Prenez l’exemple du lait. Il n’y a pas si longtemps, une entreprise locale le recueillait auprès des producteurs locaux, le transformait, le mettait en bouteille (et plus tard en carton) avant que des vaillants livreurs viennent le déposer à la porte.
Tout comme le pain, fabriqué quotidiennement chez les Fluet ou les Bilodeau, qui inondaient leur quartier de cette douce odeur, suivie d’une distribution orchestrée comme un ballet attendu par un public impatient.
De fil en aiguille, le pain a cessé d’être artisanal et latuquois, tout comme le lait, dont la richesse nutritionnelle d’antan a laissé place à l’impersonnel et anonyme contenant, qui semble rempli par une seule et unique grande vache universelle, qui broute ailleurs que dans les champs de La Croche.
Par la force des choses, nous sommes devenus insensibles à la disparition de ces deux éléments de base de notre alimentation quotidienne, mais nous sommes-nous vraiment habitués au goût stéréotypé du pain “métropolitain boosté aux fibres” ou au lait bouilli, filtré et aseptisé par les grandes usines à vitamine D ?
Ne trouvez-vous pas que la mondialisation que l’on pointe du doigt aujourd’hui est un peu de notre faute ? Car tout ça a commencé par la centralisation de la production de nos produits de base comme le lait et le pain. Bien sûr, on a essayé de résister, mais la puissance des géants a eu raison de nous. Il ne s’agit pas ici de faire marche arrière pour penser utopiquement qu’une laiterie ou qu’une boulangerie puisse rivaliser avec les majeurs qui ont envahi le marché. Il s’agit plutôt de prendre conscience de ce qui nous entoure et de le protéger.
Les oeufs à Monika ou le chevreau de Valérie sont des exemples de cet attachement au terroir, à notre culture, à nos racines. Elles ont travaillé fort, elles ont résisté et je dirais, elles ont gagné une petite victoire à chaque semaine au Marché Public Latuquois, qui nous fait découvrir et apprécier les fraises de la famille Kroft et l’artisanat sous toutes ses formes, comme un petit îlot de résistance, plein de signification.
À l’endroit même où mon grand-père allait vendre ses légumes il y a bien longtemps, renaît l’étiquette “Produit local” et ça, c’est typiquement latuquois. On a subi, on a avalé, on a ruminé, mais on a jamais lâché. Le lait et le pain ne sont plus fabriqués à La Tuque, mais on a les oeufs à Monika, le chevreau à Valérie, les fraises des Kroft, les bleuets et le miel de La Bostonnais, la truite mouchetée d’élevage de La Bostonnais et tous ces produits qu’il nous reste à découvrir et surtout, à fièrement vanter les mérites.
Cet été, je vais semer des graines de piments forts qui me proviennent de l’Île de Guam, dans le Pacifique. J’ai acheté des graines de tomates et de concombres biologiques auprès d’une famille Amish du Connecticut. Je vais semer ces graines et ce qui en ressortira, j’en ferai un produit local. Ce sera pour moi, ma façon de faire un petit clin d’oeil à la mondialisation.
Un grand Merci M. Mercier !
Ça m’encourage à continuer ! Je vais imprimer cet article et le plastifier. Quand le courage me manquera, que je ne saurai plus si ça vaut la peine de tellement travailler, quand on me demandera si c’est payant… je vais relire votre article et me dire… oui… ça vaut la peine.
Merci ! Merci !
Monika, productrice et fière de l’être.